LES ARDENTS DU PIED CHEZ LES BRETONS

lundi 22 mai 2017 - nos premiers pas en terre Bretonne

Un car plein à craquer, 53 mordus empilés comme des sardines pour être dans le thon, non, pas le poisson, le ton, un voyage de près de 9 heures gavage compris à côté d’un camion d’équarrissage (beurk !) et c’est l’arrivée au Village de Vacances le Renouveau à Beg Meil sur la pointe de Fouesnant, en face de Concarneau. Un village de Schtroumpfs où le bleu a perdu la partie contre un blanc immaculé. Des logements à deux, une piscine de rêve, un cadre idyllique, des animations au top, un personnel aux petits oignons (personnellement, je préfère les échalotes !), un bar (pas le poisson) au mojito divinement élaboré, le paradis sur Terre, quoi !



lundi 22 – une petite balade, histoire de se dégourdir les jambes

Une prise de possession du lieu (toujours pas le poisson) à la hussarde comme les militaires, d’ailleurs le colonel et l’amiral sont là, la guerre est quasiment déjà gagnée. « Vite », nous intime Chantal que l’on connait bien (intime), on saute pieds joints dans nos brodequins et nous voici devant le centre au départ de la marche du jour. Un peu comme à l’église : « Seigneur, donnez-nous notre marche de chaque jour ».

Un peu de mal à discipliner cette armée un peu mexicaine mais on y arrive. Le plus dur reste à venir à savoir le sens du départ. Chantal et ses aides font chauffer les GPS dernière génération qui donnent des conseils de diététique à suivre, les heures des messes dans le coin, les noms des gens que l’on croise, et accessoirement l’itinéraire à suivre. Le parcours court (un peu comme le « CRS-SS, étudiants-diants-diants » de mai 68) s’enfonce dans le marais de Mousterlin et emprunte largement le GR 34 plus connu sous le sobriquet de sentier des douaniers.

Ce marais de 120 ha poldérisé en 1926 fait la part belle à un grand étang et à des prairies humides où paissent pénards des poneys Shetland (pour l’Angora ou le Cachemire, faudra aller voir ailleurs, Mesdames) et où batifolent d’intrépides zygènes. Y font également des loopings aigrettes, hérons cendrés, martins-pêcheurs et surtout l’audacieux grèbe castagneux en provenance de Toulouse.

La promenade de santé, suivie par tous, est écourtée à cause d’un programme soutenu au Centre où nous attendent le pot de bienvenue et un repas vespéral en libre disposition. En soirée, les animateurs Pierrot et Peyo (Pipo n’était pas libre) nous dérideront un max dans une prestation très réussie. Demain, c’est la grande journée avec une méga marche pour concurrencer celle de Mao.

Mardi 23 – La grande marche de la Pointe du Raz + visite d’un charmant village, Locronan

A peu d’encablures du Port de Bestrée, le car lâche son troupeau dans la nature. Le GR 34 est là sous nos pieds et déjà chacun piaffe, pas seulement Edith, pour en découdre. Une longue chenille humaine marque de ses multiples couleurs les parterres de genêts constellés de mille fleurs. Tout le monde est sur le pont, selon l’expression, dans un départ commun mais, tout à l’heure, certains tricheront et réduiront leurs participations à l’effort collectif. Quel beau spectacle que cette mer sans cesse renouvelée qui bat le flanc des rochers qui en ont vu d’autres. C’est le moment pour Milou de nous sortir sa blague sur la différence entre un rappeur et un campeur. Réponse avec une enveloppe timbrée. Sacré Milou, quel boute en train !

L’avancée est ponctuée de pauses permettant à chacun d’adapter son accoutrement au ressenti du moment. Une jaquette flottante est ainsi mieux arrimée, un chandail mis au fond du sac, un couvre-chef tourné à la 9.3, etc. Les sacs sont vite délestés de réconfortants qui, avalés illico, prennent la place encore chaude laissée par les vilaines toxines.

A l’extrême pointe de la côte, à la dernière extrémité de la Pointe du Raz (Beg ar Raz pour les indigènes), un pas de plus à l’ouest et tu es dans les eaux territoriales américaines, pause est faite à l’ombre (pâle ombre sur le moment) du sémaphore qui surveille N.D. des Naufragés, statue de Commandeur du secteur, taillée par le travailleur détaché polonais, le sculpteur Godebski, en pleine crise sardinière de 1903, stoïque dans les déferlantes qui nous crachent leurs embruns salés. La naphtaline est plus que vaincue par cet air marin iodé qui vivifie nos pauvres corps un peu encalminés.

Sans s’en rendre compte, la longue chaîne perd certains de ses éléments à plus faible rayon d’action, chacun faisant selon ses moyens. Le virage est pris, nous sommes maintenant dans la Baie des Trépassés et la marche prend ses aises. Au bout d’un moment, l’immense plage de sable fin apparait aux regards incrédules. On reste bouche baie. Pourvu que Trump en face ne nous réclame pas de payer la facture du sable ! Lovés en retrait de la large baie, deux grands hôtels se payent les meilleurs emplacements. Quelques gros instants suffisent à la troupe pour passer en face et une pause repas ressoude le groupe sur les hauteurs du Vorlen, vertige garanti.

En route vers la Pointe du Van, une petite halte est faite à la chapelle battue par les vents, aussi résistante qu’une vieille bigouden toute fripée de chez Tipiak. Le parcours se poursuit et la chenille arrive cahin-caha à la Pointe de Castel Meur qui sera le terme de la folle équipée. Chantal, qui avait mis la barre bien haute, a révisé son projet à la baisse et le car, stationné en bordure des dunes, est là pour recevoir les vaillants guerriers.

Quelques coups de volants, des gros, et une heure plus tard, le car déleste sa cargaison humaine aux portes de Locronan, un merveilleux petit village. Quasiment piéton, le cœur du village est agréable à parcourir et le quartier libre offert est mis à profit pour vagabonder dans les ruelles bordées de demeures historiques et d’échoppes attirant le chaland.

De retour au centre, tout s’enchaîne jusqu’à une soirée danse d’enfer pour dégourdir les jambes. « Ah bon, je savais même pas qu’elles étaient rouillées ! » disent les plus résistants. Jusqu’à quand ?

 
 
 
 
 

Mercredi 24 - Une journée faite de beaucoup de petits riens, Penhars, Quimper, Armor lux, l’Odet et une biscuiterie

Journée quimpéroise en majorité. Le car nous mène tambour battant dans le quartier Kergestin de Penhars, un faubourg ouest de Quimper. Descendus du car, les Ardents, au doigt mouillé, repèrent vite la direction à prendre. Quelques enjambées plus loin, la ville est oubliée et c’est dans la nature entière que la troupe s’avance. Les sentiers sont bordés de massifs de fleurs et les dames tombent en pâmoison devant tant de belles couleurs. Les éléments masculins qui ont fait la guerre, au moins celle des boutons, restent cois. Cette boucle des Moulins sera en fait celle des moulins ratés. Keriner devenu privé, Trey trop loin, seul celui de Kervastal nous accueillera à mi parcours. Petite marche où chacun peut aller à son rythme y compris les rescapés comme l’Amiral et Madame. Retour au car pour une approche de la grande ville.

Quimper, investie dans son cœur par la grosse troupe, les gradins du cœur de ville offrant un cadre agréable à des libations qui n’admettent plus aucun retard. Une fois le cimetière à poulets rassasié, visite de la ville historique en libre déambulation, son quartier piéton, sa magistrale cathédrale au splendide tympan et ses façades anciennes joliment décorées.

La visite d’Armor lux, plus technique que passionnelle, plaira bien aux femmes plus curieuses que la gente masculine et plus adeptes de l’ouverture du porte-monnaie.

Sur le chemin de la biscuiterie du Moustoir à Bénodet, petite halte à la chute de l’Odet à Pors Keraign, commune de Gouesnac’h. L’Odet, fleuve côtier qui arrose Quimper, se jette par désespoir dans l’Océan Atlantique. « Pleurez, braves gens. »

La biscuiterie du père Garrec ne laissera personne indifférent et un retour au car les bras chargés sera observé.

Le soir, un spectacle désopilant nous sera offert par nos hôtes du centre où Pierrot le Fou, Lou le maître d’œuvre et les deux managers Christopher et Amélie se déchaîneront pour notre plus grande joie. A pisser dans les frocs, comme on disait jadis dans nos campagnes !





Jeudi 25 – Cap à pied sur Bénodet et rame la galère jusqu’aux îles Glénan



Départ du hameau de Kergariou sur une variante du sentier des douaniers, toujours lui. Passage dans des marécages où prolifère une faune volatile protégée. De quoi se lancer, avec colère ou pas, tout un tas de noms d’oiseaux. A la Pointe St Gilles, on prend contact avec l’eau de l’Océan. On marche à même le sable avec une belle vision sur les splendides demeures dévolues aux abonnés de Pôle Emploi … quand ils gagnent au Loto. Le soleil est avec nous et l’avancée se fait souvent en ombres chinoises. A la Pointe du Coq, le front de mer s’urbanise et c’est une belle promenade sous les cocotiers et confrères qui se glisse sous les pieds des estivants. La ville est là, les bateaux de plaisance qui mouillent dans le port également et c’est le moment de s’éclipser pour découvrir Bénodet puis trouver un havre de paix pour ingurgiter le panier repas préparé chacun pour soi, une première.

Une troupe éclatée qui sera ponctuelle au rencard de Mireille pour l’embarquement, pas pour Cythère mais plus prosaïquement pour les Glénan. Intervention éclair de Pierrot venu voir si tout baigne pour nous.

Les Glénan, parlons-en. Vieille famille bretonne parsemée au large qui attire depuis des décennies les amoureux de rafiots et d’exotisme. St Nicolas aura notre préférence pour la partie découverte à terre après une traversée ni trop courte ni trop longue pour ne pas nourrir les poissons. Un temps libre sur cette île principale parcourue sur des caillebotis régulièrement ensablés, comme les Portugaises.

Un retour au port pour de nouvelles aventures dans les îles avec chacun dans le rôle du Capitaine Troy. Votre serviteur, accablé par des efforts que même Hercule aurait refusé de faire, se met, le temps de l’excursion maritime aux abonnés absents, bercé par le doux clapotis de l’eau sur la coque et ignorera tout des autres Glénan. Sans doute que mes petits camarades auront beaucoup à dire sur les « nec » Brunec, Bananec, Drenec et Guignénec ainsi que sur Le Loc’h, Brilimec, Méaban, Penfret, Cigogne. Heureusement, Serge Lama vient à mon secours : « Une île entre le ciel et l’eau, une île sans hommes ni bateaux, inculte, un peu comme une insulte, sauvage, sans espoir de voyage ». Et Voulzy aussi avec son hymne aux îles. Fermez le ban !

Dès le pied posé sur la terre ferme de Bénodet, reprise du car Bellanger d’Antoine, retour au Centre et soirée musique avec nos animateurs préférés. « Quand est-ce qu’on se repose ? » 





Vendredi 26 - Un trek sur Concarneau qui tourne à la folie, visite de la Ville Close, en vogue sur le Popeye IV, visite d’une conserverie et anniversaires en chaîne

Une journée d’enfer attend nos petits Ardents au réveil. Le car d’Antoine dépose une partie de sa cargaison, au sud de Concarneau (voir carte) à la Pointe de Trévignon (les Ardents, eux, sont très mignons !). La (folle) mission consiste à rejoindre à pied Concarneau par le bord de mer pour enchaîner sur un programme chargé l’après-midi. 4 écervelés vont adopter une conduite à la Bayrou, n’en faire qu’à leur tête, et, à peine le départ donné, exit Paul, Georges, Jacques et Moïse (lui, il a l’avantage de marcher sur l’eau, mais quand même). Ce seront les seuls à rallier le centre ville de Concarneau mais au prix d’efforts herculéens et dans quels délais !

L’Ardent lambda suivra son petit bonhomme de chemin, longera une flopée de loc’hs impressionnants et des lieux-dits commençant tous par k et atteindra la Pointe de la Jument avec un chrono qui mange les heures. Mireille et Chantal décident alors avec sagesse de s’en tenir là et de siffler le car pour venir récupérer sa marchandise. Elles le siffleront longuement. Deux femmes manquent à la pelle, l’appel plutôt, questionnées lors de leur récupération, elles avoueront être parties en stop « faire les magasins ». Horreur, Bayrou est contagieux !

Le groupe enfin rescotché joue aux SDF en plein cœur de Concarneau pour un pique-nique à même le sol. Les vrais clochards crient à la concurrence déloyale. Après déglutition des victuailles, petit quartier libre dans la ville centre avant le rencard avec Pierre-Yves pour une visite commentée de la Ville Close. La chaleur est là, mais l’étroitesse des rues offre une ombre salvatrice. Le guide est volubile, assez pétillant et mène bien sa barque. Passage dans la rue principale devant l’ancienne église reconvertie dans le passé en maison close, ouverte à tous cependant. On aimait jouer sur les mots. La déambulation se poursuit sur les anciens remparts près desquels accoste le bac pris par nos quatre Speedy Gonzales du matin.

Déjà, le programme s’accélère avec une virée à la conserverie Courtin, dernière à tenir encore la route. « Et s’il n’en reste qu’un, c’est Courtin » pourrait être leur slogan. Jean-Paul aurait apprécié leur soupe de poissons ! Regrets.

Retour avec le car sur le port de Concarneau au fond duquel mouille le nouvel Astrolabe. Les glaces, il nous les brise. Pour nous, ce sera le Popeye IV, les trois autres ont tous coulé, aussi voyant que le célèbre sous-marin jaune mais avec toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Traversée de la baie de Concarneau avec un pilote amateur à la barre, Michel, toujours plein de ressources. Le débarquement se fera tout de même normalement et c’est le retour au Centre pour la grande surprise du soir.

Consigne du soir : « Mangez léger, pédale douce sur les desserts » Certains adopteront ici aussi la méthode Bayrou et, après le repas, les Ardents sont conviés dans une salle à côté à un méga gâteau d’anniversaires par Agathe 0 an, Odile 69, Augustin 70, Marc et Bernard 80. L’éternité étant longue surtout vers la fin, la bête fut dure à éliminer totalement surtout les derniers morceaux. Ultimes efforts demandés pour s’affaler sur les fauteuils de la salle de spectacle et applaudir toute l’équipe du centre sur scène.

..

.......

 

 
 
 

Samedi 27 – Visite de Pont Aven et retour back home

C’est le moment de plier bagages, de dire adieu à ce centre chéri où tout était parfait et de monter dans le car qui pétarade une dernière fois au premier coude de la route. Un laps de temps plus tard, première pause à Pont Aven. Royaume des galettes pur beurre, le lieu est aussi le terreau des Impressionnistes, au premier rang desquels Paul Gauguin le voyageur, chef des Nabis. Démangé par des fourmis et ne tenant pas en place, lui qui naquit au Pérou, l’artiste quittera ces lieux pourtant enchanteurs et s’implantera pour y mourir aux îles Marquises comme un célèbre chanteur belge. Visite libre de la petite ville aux curieuses toilettes, bourgade si calme que, peut-être, on s’y fait facilement ch… (oh !)

Le car, dans sa course folle, nous reprend dans son habitacle et la pause à Lozay, sur une autoroute moderne, sera instructive avec sa réplique de l’art saintongeais. Contact avec le sol chanceladais quelques heures plus tard pour de nouvelles aventures. Déjà le jazz pointe le bout de son nez. Mais, cela, c’est une autre histoire…

Texte et photos de Christian Brégéras (Casquette Blanche) Mise en écran de Mireille Léger